Le cas grec : épiphénomène ou symptôme d’une crise structurelle ?

Il semble que l’on se dirige vers un épilogue de la crise de la dette grecque avec les nouvelles propositions présentées par le gouvernement de George Papandreou. Les Etats européens qui hier encore rechignaient à aider la Grèce financièrement comme l’Allemagne, par peur de créer un précédent et d’ouvrir une brèche dans le pacte de stabilité, sont aujourd’hui enclins à de meilleurs sentiments vis-à-vis d’Athènes.

Mais par delà ces péripéties politico-administratives qui reflètent un certain cafouillage tant de la part des institutions communautaires, des deux Grands de la zone euro (Allemagne, France) que du gouvernement grec lui-même, il conviendrait de s’interroger de manière plus profonde sur la signification de cette crise.

La véritable question est la suivante : soit les difficultés rencontrées par la Grèce sont un épiphénomène à l’échelle de la zone euro (la grèce ne représentant que 3% ou 4% du PIB de la zone) et dans ce cas on continue comme avant – au besoin en rejetant la faute sur les vilains spéculateurs et leurs produits toxiques (CDS par exemple), soit ces difficultés sont les symptômes d’une crise plus structurelle de l’UEM déjà révélée par le non respect par les grands pays de la zone des critères de Maastricht, dans un contexte de grave crise économique et financière, et on doit alors engager de véritables réformes.

Il importe pour ce faire de distinguer clairement les deux phénomènes à l’oeuvre, selon la typologie classique de Robert Mundell : d’une part un choc symétrique qui touche l’ensemble des pays de la zone euro et qui est lié à la grande crise de 2007-2009, d’autre part des chocs asymétriques qui touchent tel ou tel pays de la zone euro en raison des caractéristiques propres de leurs économies (Espagne, Irlande, Portugal ou Grèce, qualifiés de PIGS par les marchés financiers).

La solution préconisée est très différente selon que l’une ou l’autre des dimensions de la crise l’emporte dans l’interprétation que l’on en fait. Dans le cas où le choc symétrique est le plus important, il faut mettre en place une relance budgétaire si possible coordonnée à l’échelle de la zone – c’est ce qui a été fait tant bien que mal même si la relance a été assez timorée en comparaison avec d’autres économies comme les Etats-Unis ou la Chine. On ne peut pas alors blamer la Grèce d’accumuler un déficit public extraordinaire dans une situation où les autres pays de la zone en font autant. Dans le cas contraire, en présence d’un choc proprement asymétrique (lié ou non à des pratiques administratives douteuses), la solution consiste à puiser des lignes de liquidité dans un fonds de stabilisation alimenté par l’ensemble des pays en période de vache grasse. Manifestement, un tel fonds n’existe pas dans la zone euro et c’est là que le bas blesse.

L’argument de l’aléa moral – on ne prête pas à la Grèce parce que cela encourage les autres canards boiteux de l’UEM à faire preuve de laxisme – ne tiendrait pas si un fonds de stabilisation et d’assurance de ce type existait et s’il était alimenté par des contributions de chacun des pays de la zone – selon des critères à définir – en faisant en sorte qu’en moyenne les retraits anticipés de liquidités d’un contributeur soient égaux à ses contributions. C’est ce que l’on appelle une politique de mutualisation du risque permettant un lissage conjoncturel intertemporel. Autrement dit une police d’assurance. C’est particulièrement nécessaire dans une zone monétaire non optimale comme l’est la zone euro.

Ceux qui invoquent l’idée d’un big bang institutionnel qui permettrait de faire émerger un gouvernement de la zone euro seront probablement déçus compte tenu des réalités politiques et sociologiques de la construction européenne. Il faut avancer pas à pas vers la construction d’un tel gouvernement qui implique des renoncements successifs à la souveraineté nationale, notamment en matière fiscale.

Il est plus réaliste de faire émerger des outils opérationnels comme le fonds de stabilisation évoqué plus haut. Cela suppose que la Commission Européenne reprenne l’initiative dans le domaine économique et monétaire car la logique intergouvernementale poussée en avant ces dernières années – y compris au sein de l’Eurogroupe – a clairement montré ses limites. Le « cas grec » est là pour nous le rappeler.

 

Note : Cet article a été également publié dans Le Cercle Economie du Journal LesEchos.fr

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