A quoi sert la Banque mondiale ? La réponse viendra des BRICS

BRICS Summit New Delhi Sommet des BRICS à New Delhi 28 29 mars 2012

Alexandre Kateb est économiste et directeur du cabinet Compétence Finance. Il est l’auteur de « Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde » (Ellipses, 2011).

La banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), cette vénérable institution presque septuagénaire, également appelée « Banque mondiale », devrait bientôt avoir un nouveau président en la personne de Jim Yong Kim, doyen de l’université de Dartmouth, préféré par l’Administration Obama à l’économiste Jeffrey Sachs, artisan de la « thérapie de choc » en Europe de l’Est et en Amérique Latine dans les années 1990. Plus consensuel, Jim Yong Kim a été choisi pour sa grande compétence en matière d’éducation et de santé après avoir créé et supervisé le programme Anti-VIH de l’OMS. Accessoirement, ses origines asiatiques devraient lui permettre de recueillir l’assentiment des BRICS qui n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une candidature commune.

Quelles que soient les qualités personnelles de Jim Yong Kim – et à cet égard son CV force le respect -, cette nouvelle élection-nomination relance le débat, quelques mois après celle de Christine Lagarde au Fonds monétaire international (FMI), sur l’archaïsme des procédures de sélection aux postes clé des institutions jumelles de Bretton Woods. Selon une règle non écrite, ces postes sont réservés depuis 1944 aux Européens et aux Américains, les autres pays se répartissant les vice-présidences, selon un système de quotas encore plus opaque. On est loin en tout cas de la méritocratie et de la transparence prônée par ces organisations aux récipiendaires de leurs services.

Perte de pouvoir et d’influence

Mais ces querelles picrocholines masquent une réalité beaucoup plus profonde, celle de la perte de pouvoir et d’influence de ces institutions, de plus en plus diluées dans un paysage géo-financier bouleversé par la mondialisation. Fondée par les Etats-Unis pour soutenir la reconstruction de l’Europe et du Japon détruits par la guerre, la Banque mondiale s’est reconvertie dans les années 1960-1970 dans l’aide aux pays du Sud qui accédaient à l’indépendance. C’était l’époque des grands théoriciens du développement à l’instar d’Amartya Sen, ou de Mahbub Ul-Hak et Hollis Chenery aujourd’hui oubliés.

Mais avec la crise de la dette et le tournant néo-libéral imprimé dans les années 1980 par l’Administration Reagan, la Banque mondiale a souffert d’une grave crise de légitimité. Ses programmes n’étaient plus qu’une feuille de vigne pudiquement posée sur les plans d’ajustement structurels draconiens imposés par le FMI aux pays d’Amérique Latine et d’Afrique. Au lieu de se concentrer sur la satisfaction des besoins de base des populations (alimentation, éducation, santé), le soutien au secteur privé est devenu l’alpha et l’oméga de sa stratégie.

Autisme institutionnel

L’aggiornamento de cette vision néolibérale, qualifiée de Consensus de Washington, n’est intervenu que tardivement, dans les années 2000, à l’instigation du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, un temps vice-président de la Banque, qui a claqué la porte violemment pour protester contre l’autisme institutionnel, l’effet contre-productif des privatisations et des mesures de libéralisation décidées à la hâte, ainsi que l’ingérence disproportionnée de l’institution dans les affaires d’Etats souverains. Dans le même temps, plusieurs audits externes ont révélé la médiocre qualité de la recherche publiée et l’absence d’évaluation sérieuse des politiques de développement mises en oeuvre.

Bientôt une banque des BRICS

Enfin, des alternatives ont progressivement émergé aux services proposés par la Banque mondiale, sans être assorties des mêmes conditionnalités, ni des mêmes lourdeurs bureaucratiques. C’est le cas par exemple de la Banque Asiatique du Développement (BAD) et de la Banque Islamique du développement (BID) qui ont aujourd’hui le vent en poupe avec un capital en constante augmentation, et un personnel formé dans les plus grandes universités mondiales. Ces petites soeurs de la BIRD, qui bénéficient d’un ensemble de reconfigurations géo-capitalistiques à l’oeuvre à l’échelle de la planète, avec notamment un rapprochement entre les pays du Golfe et d’Asie émergente, pourraient à moyen terme peser beaucoup plus financièrement et politiquement que leur vénérable aïeule.

Ce sera aussi peut-être le cas un jour de la Banque des BRICS dont la création est annoncée au sommet des 28 et 29 mars 2012 à New Delhi. Sans compter les ambitions croissantes de la China Development Bank (CDB) ou de la Banco Nacional de Desenvolvimento Economico e Social (BNDES) brésilienne, de plus en plus présentes en Afrique et en Amérique latine.

En définitive, si la Banque mondiale veut continuer à exister, il ne lui faudra pas seulement réformer sa gouvernance. Il lui faudra aussi et surtout comprendre les réalités d’un monde multipolaire, où ce ne sera plus le capital mais les idées qui feront la différence.

28/03/2012

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